2019, une inertie positive pour l’économie française

Année plutôt bonne si l’on s’en tient au résultat net en termes d’emplois. C’est la troisième meilleure sur la période 2009-2019, l’industrie continue à créer des emplois, les startups se maintiennent à un bon niveau sur ce plan également… Voilà pour le côté positif.

L’inertie provient plutôt des dynamiques qui ont concouru à ce résultat final. Autant pour les créations que pour les suppressions d’emplois, les niveaux atteints sont à leur minimum depuis 2009.

Les cinq points les plus importants qui nous semblent ressortir des données ici présentées sont :

  1. Le numérique en n°1 des créations d’emplois
  2. Le solde des ouvertures et fermetures d’usines est repassé en rouge mais pas l’emploi industrie
  3. Le secteur du commerce est en grande difficulté
  4. Sur la période 2009-2019, les entreprises de taille intermédiaire restent les championnes de l’emploi
  5. Parmi les secteurs à observer, le cuir connaît une croissance impressionnante.

L’économie française nous paraît plutôt bien lancée, mais ne bénéficiant pas encore d’une dynamique forte, au moment où la conjoncture internationale, coronavirus aidant, se tend à nouveau.

Le numérique, premier vecteur de créations d’emplois

Nous caractérisons chacun des projets intégrés dans notre base par le type d’activité principal du site et par le secteur d’activité de l’entreprise (Renault, entreprise du secteur automobile, peut avoir des investissements dans la R&D, la production industrielle, la logistique…).

En 2019, nous avons séparé les services en deux, en introduisant un type d’activité numérique. Il s’agit de sites pour lesquels le numérique, le code, est le cœur de la valeur ajoutée.

L’activité numérique ainsi définie, avec 17 344 emplois nets en 2019 s’impose comme la première, devant les autres services et la production industrielle – laquelle voit ses créations nettes d’emplois divisées par deux.

Pour la première fois depuis 2009 en revanche, les points de vente (commerce de détail ; petites, grandes et moyennes surfaces etc.), ont supprimé plus d’emplois qu’ils n’en ont créé.

Les usines en France en 2019

Le solde des ouvertures et fermetures d’usines est redevenu négatif en 2019.

Cela correspond à une tendance au ralentissement que l’on retrouve dans la baisse de l’emploi industriel, mais celui-ci reste cependant assez largement positif. Il y a au moins deux éléments d’explications à cela, présentés dans les pages suivantes.

Le premier point est que la baisse de 2019 est principalement due au secteur des industries alimentaires, où les usines fermées sont de taille moyenne (65, contre 200 dans l’automobile). Le poids de ce secteur se retrouve d’ailleurs dans les mauvais résultats 2019 de la Bretagne et de la Nouvelle Aquitaine.

Le second est probablement le plus important et tient au fait que l’emploi industriel est moins directement lié à la seule dynamique des ouvertures et fermetures de sites, car les extensions de sites sont une part croissante des créations d’emplois industriels.

Les secteurs industriels et usines 2009-2019

En 2019, les secteurs qui ont gagné des sites industriels sont, pour les trois premiers, la collecte et le traitement des déchets, la chimie et les industries du cuir.

Les industries alimentaires sont celles qui ont connu la plus forte détérioration de ce solde en 2019. Sur l’ensemble de la période 2009-2019, ce sont les produits métalliques, l’imprimerie (jamais sortie du négatif depuis 2009) et la fabrication de meubles sont les trois secteurs qui ont cumulé les plus lourdes pertes.

Les nouvelles usines jouent un rôle de moins en moins important dans la création d’emplois industriels

Dans l’analyse du lien entre ouvertures et fermetures de sites industriels, d’un côté, et emploi industriel, de l’autre, on trouve que les créations représentent une part fortement décroissante des créations d’emplois industriels. De 2009 à 2019, la part des créations d’emplois industriels liées aux nouvelles usines n’a cessé de décroître, passant de 46% du total des emplois à 21%, celle des extensions passant de 47% à 62%. Dans le même temps, les fermetures d’usines représentent 44% des pertes d’emplois industriels contre 31% en 2009.

Cette double évolution conduit à suggérer qu’il y a une tendance lourde à la réduction du nombre de sites industriels, pas forcément liée à l’évolution de l’emploi industriel. Ces données sont aussi à relier au débat sur le poids des impôts de production, qui pèsent sur les sites industriels en France plus que dans d’autres pays européens. Les contraintes réglementaires qui pèsent sur les nouveaux sites sont certainement aussi en cause (zéro artificialisation nette, archéologie préventive, réglementations environnementales).

Le secteur du commerce, une tendance inquiétante

Dans le commerce, les points de vente passent en négatif pour la première fois depuis 2009.
L’année a été très dure pour les points de vente, avec les annonces de
Carrefour, Conforama, Castorama France, Auchan Retail, New Look… Ce sont les emplois en logistique qui permettent au secteur du commerce de rester positifs.

Sur les 3 865 emplois nets recensés par Trendeo en 2019, 1 800 ont été annoncés par Amazon. Depuis 2009, le solde net des emplois créés et supprimés du secteur a été divisé par 6.

Les activités numériques irriguent tous les secteurs

Les activités numériques, isolées des services depuis 2019, dans les données Trendeo, sont celles qui reposent prioritairement sur le code, le logiciel, les plateformes.

Croisé avec le secteur, ce nouveau type d’activité permet d’isoler toutes les entreprises qui transforment les modes de production par le numérique : numérique dans la banque = fintechs, numérique dans la publicité = adtech, etc.

Un bon moyen pour nos utilisateurs de repérer les entreprises innovantes dans tous les secteurs. Elles s’inscrivent dans de très nombreux secteurs Les activités numériques représentent la première source d’emplois en 2019, et plus de la moitié des activités de services

Le premier d’entre eux, le moins surprenant, est le logiciel.

Ensuite, en nombre d’entreprises et presque en nombre d’emplois, on trouve les activités bancaires et d’assurance.

Un secteur moins attendu, en nombre d’emplois, est l’ingénierie. On trouve là des sociétés qui développent des logiciels de contrôle machine, de gestion de la production et d’autres applications.

Le tableau ci-dessous donne quelques exemples de ces sociétés dans plusieurs secteurs.

Paris en tête dans le numérique

Comme le montre le tableau ci-dessous, la zone d’emploi de Paris a accueilli plus d’un tiers des emplois dans les activités numériques. On retrouve ensuite les grandes métropoles Toulouse, Bordeaux, Nantes, Lyon, Montpellier…

La bonne performance des ETI – Les ETI championnes de l’emploi

Sur la période 2009-2019, les entreprises de taille intermédiaire (ETI), ont été de loin les plus créatrices d’emplois, devant les PME et microentreprises, et les grandes entreprises.

Ce résultat peut s’expliquer par le comportement des ETI, plus dynamiques que les grandes entreprises dans les périodes de reprise (tableau 1), et moins fragiles que les PME pour ce qui est des suppressions d’emplois (le tableau 2 montre que les PME ont conservé plus longtemps que les ETI et grandes entreprises un niveau de suppressions d’emplois proche de celui de 2009).

Dans l’ensemble les ETI se montrent donc plus résilientes que les PME et grandes entreprises.

J’veux du cuir

Le secteur du cuir et de la chaussure n’a connu qu’une année avec un solde d’emplois négatifs, en 2009, et bénéficie d’une croissance forte et régulière depuis 2015. On retrouve, derrière ce phénomène, des marques et groupes comme Hermès, LVMH, SIS Groupe, Sofama, Groupe HOFICA

Les sites industriels ouverts dans le secteur se trouvent souvent dans des villes petites ou moyennes, et peuvent recruter jusqu’à 500 personnes. Ce sont des exemples devenus rares d’ouvertures de sites industriels de grande taille. Il faut espérer, dans ce secteur, que la crise du coronavirus n’affaiblisse pas trop la demande chinoise et asiatique.

Les startups, plus de fonds et un peu moins d’emplois

Les startups se portent plutôt bien en 2019.

Nous avons identifié légèrement plus d’informations liées à des startups en 2019 qu’en 2018 (1103 contre 1073), même si 2017 reste la meilleure année. Un peu moins de 10 000 emplois nets ont été créés.

Le total des levées de fonds par des startups est à son plus haut niveau (3,2 milliards d’euros), et le nombre de levées de fonds est également élevé.

Il y a une progression du nombre de levées importantes (plus de 10 M€) : elles sont passés d’une dizaine à 34 en 2019. La moyenne des fonds levés reflète cette progression (elle atteint 5,2M€) alors que la médiane des levées de fonds progresse de façon beaucoup moins sensible : la médiane est passée de 1M€ en 2014 à 1,5M€ en 2018 et 2019.

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