Trendeo réalise pour le M-ETI (Mouvement des entreprises de taille intermédiaire) un suivi trimestriel de l’activité des ETI françaises. Tous les secteurs sont suivis, et leur activité comparée avec celle des autres tailles d’entreprises, mais dans notre dernière note nous nous sommes attachés à l’analyse spécifique de la dynamique des ouvertures et fermetures d’usines. Nos résultats font ressortir la résilience des ETI dans ce domaine.

Sur la période 2009-2019, l’économie française a perdu, en net, près de 600 usines.

Les ETI, avec une perte nette de 103 usines ont moins contribué à ce chiffre que les PME (- 271 sites) et les grandes entreprises (-260 sites).

Solde net des ouvertures et fermetures d’usines par catégorie d’entreprises, 2009-2019. Données Trendeo

Le tableau ci-dessous montre des différences de comportement entre taille d’entreprises.

Comparaison de la part des entreprises dans les ouvertures et fermetures d’usines, en fonction de leur taille et de leur poids en emplois dans l’économie française, 2009-2019. Lecture : les Grandes Entreprises ont réalisé 18% des ouvertures d’usines et 25% des fermetures, alors qu’elles pèsent 29% de l’emploi. Elles sont sous-représentées de 11% dans les créations d’usines et de 4% dans les fermetures.

Les grandes entreprises sont moins présentes dans les ouvertures d’usines que ce que ne laisserait attendre leur poids en emplois dans l’économie française. Elles sont également moins présentes, mais plus faiblement, dans les fermetures de sites.

Les ETI sont légèrement moins présentes aussi bien dans les ouvertures que les fermetures.

Les PME sont plus présentes qu’attendu aussi bien dans les ouvertures que dans les fermetures, ce qui montre un grand dynamisme mais aussi une fragilité.

Enfin, les microentreprises sont sous représentées à la fois dans les ouvertures et fermetures. C’est normal pour deux raisons : les microentreprises sont plus difficiles à repérer dans les parutions presse ; mais aussi, créer une usine (que nous avons défini comme un site industriel avec au moins dix emplois), pour une micro-entreprise (moins de dix emplois) revient à faire plus que doubler sa taille.

Enfin, l’enjeu n’est pas le même en termes d’emploi et d’investissement. Le tableau ci-dessous montre l’emploi moyen et l’investissement moyen pour une création d’usines, par catégorie d’entreprises. Le nombre d’emplois moyen décroit en fonction de la taille de l’entreprise.

Nombre moyen d’emplois, montant moyen investi et investissement par emploi, pour chaque nouvelle usine, par catégorie d’entreprises (2009-2019)[1].

Le montant moyen décroit également, ce qui est logique puisque les projets sont de plus petite taille en nombre d’emplois, mais le montant investi par emploi diminue également avec la taille de l’entreprise. Les projets d’investissement les plus capitalistiques sont ainsi portés par les grandes entreprises et le montant décroit ensuite, sauf pour les micro-entreprises. Ceci peut s’expliquer par le fait, déjà mentionné, que les microentreprises créant plus de dix emplois (ce qui d’ailleurs les conduit à sortir de la catégorie) sont forcément ambitieuses. Le montant investi par emploi, plus élevé pour les microentreprises s’explique aussi par le fait que, dans une plus grande proportion, les créations d’usines par les microentreprises sont accompagnées d’une levée de fonds.

Les ETI, comme les grandes entreprises, autofinancent leurs projets de créations d’usines (l’exception, dans le cas des ETI, est l’investissement de Rossi Aero, de 35 M€, qui avait été précédé d’une levée de fonds de 6 M€ en 2017).

Part des créations d’usines accompagnées d’une levée de fonds, par catégorie d’entreprises, 2009-2019.

Dans l’ensemble, si l’on essaie de caractériser le comportement des ETI par rapport à la dynamique des ouvertures et fermetures d’usines en France :

–        Les ETI sont présentes dans les créations et fermetures de site à des niveaux proches de leur poids dans l’économie française mesuré en emploi ;

–        Leurs projets de créations d’usines sont deux fois plus riches en emplois et trois fois plus capitalistiques que les projets des PME ;

–        Leurs projets de créations d’usines sont deux fois plus petits en emplois et quatre fois plus petit en montant investi que les projets des grandes entreprises. Mais les grandes entreprises ont été beaucoup moins présentes dans les créations d’usines de 2009 à 2019 que leur poids dans l’économie française, mesuré en emplois, ne le laissait attendre.

–        L’ensemble de ces caractéristiques conduit au résultat constaté que les ETI ont sensiblement moins contribué aux pertes d’usines sur la période 2009-2019 que les PME et grandes entreprises.

Une autre façon de résumer la position des ETI par rapport aux PME et grandes entreprises : dans les moments difficiles les ETI résistent mieux que les PME, et dans les phases de reprise elles privilégient le développement domestique alors que les grandes entreprises peuvent arbitrer en faveur de sites de production à l’étranger. Dans l’ensemble, cela confère un grand dynamisme au tissu économique des ETI.

[1] Les données sur le montant moyen investi portent sur 765 projets pour lesquels ce montant est connu, non pas sur l’ensemble des 1 615 créations d’usines.