Industrie et métropoles, une série de 12 articles

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Nous avons été invités à présenter un papier sur le thème « Les écosystèmes industriels en milieu métropolitain », lors du colloque « La question métropolitaine au prisme de l’entreprise », organisé par l’Université de Paris Nanterre. Pour résumer notre propos, nous y avons exposé l’idée qu’un réseau de villes moyennes articulées autour des métropoles pourrait contribuer à positionner l’économie française dans la dynamique de l’Industrie du Futur.

Nous consacrons une série de 12 billets à vous proposer les données les plus intéressantes de notre présentation.

Le titre proposé pour cette intervention ressemble à un oxymore. L’opinion générale est plutôt que les métropoles sont le lieu de l’absence d’industrie, l’endroit privilégié du développement de l’économie servicielle et de la nouvelle économie. Dans ce cadre, l’industrie est vouée à une marginalisation, comme l’agriculture a été relayée par l’industrie. L’existence d’écosystèmes industriels en milieu métropolitain relève du phénomène marginal, ou au mieux résiduel.

Une forme moins extrême de ce point de vue consiste à pointer une transformation de l’industrie et à relever que, y compris dans les métropoles, les makers, les fab-labs, les petits ateliers de production en impression 3D par exemple, rapprochent l’industrie des métropoles. Cette sorte d’artisanat high tech existe, mais ne constitue pas, à tout le moins pas encore, un écosystème industriel. Dans l’ensemble des startups par exemple, les startups de fabrication technologique sont minoritaires (7% des emplois dans les startups sont classés par nous en production industrielle). Et lorsqu’un produit high tech développé en métropole passe à la production de masse, la fabrication quitte, le plus souvent, la métropole d’origine pour rejoindre un pays à bas coût salarial.

Nous ne chercherons donc pas à étudier ce sujet sous l’angle : les métropoles voient-elles émerger, sur leur territoire, une activité industrielle d’une forme nouvelle.

L’industrie, une activité a priori non métropolitaine

Les systèmes industriels aujourd’hui sont éclatés et distants, et l’activité industrielle est plutôt, par définition, une activité non métropolitaine.

Les coûts fonciers notamment, les contraintes environnementales également, conduisent à localiser les activités industrielles à l’écart des métropoles. Le cas polaire est bien évidemment celui de l’entreprise “fabless”, où la R&D métropolitaine s’accompagne d’une fabrication sous-traitée, assez largement dans des pays en voie de développement.

Dans cette définition, la métropole devient l’un des pôles du système industriel qui la dépasse très largement, la fabrication se trouvant dans d’autres lieux. Le système industriel ainsi formé est un peu analogue à un corps humain, dont le cerveau se trouverait en ville et les mains à la campagne.

Le concept d’hyper-industrie développé par Pierre Veltz [Pierre Veltz, La société hyper-industrielle, le nouveau capitalisme productif, Seuil, Février 2017] réunit ce corps fictif et permet de concevoir un système très étalé géographiquement, qui met en relation l’usine et la R&D mais à distance, en intégrant dans ce système un tissu de prestataires aux activités tertiaires plus qu’industrielles.

Nous avons la conviction que la taille de ce corps fictif, la distance entre la tête et les bras, n’est peut-être pas indifférente à la performance globale et que l’on aurait intérêt à rapprocher la conception et la production.

Quoi que l’on puisse penser de ce sujet complexe, les données sont rares. Celles que nous présentons ici sont partielles, fragiles, et enfin nous ne les avons analysées que de façon très grossière (pas de travaux économétriques poussés).

Elles parviennent cependant à jeter une lumière, même faible, sur les liens complexes entre métropoles et industrie.

Allemagne, France deux macro-systèmes industriels

Encouragés par le développement de notre observatoire France, nous avons commencé en janvier 2016 un suivi des investissements industriels mondiaux.

Les deux cartes suivantes, qui localisent les investissements industriels français et allemands en 2016, montrent que les systèmes industriels sont globalisés.

Industrie allemande et française : carte des investissements annoncés en 2016. Données Trendeo, Base Industries & stratégies.

Industrie allemande et française : carte des investissements annoncés en 2016. Données Trendeo, Base Industries & stratégies.

Les cartes des investissements industriels français et allemands montrent que dans les deux pays, les grands investissements industriels domestiques sont minoritaires (8% en France, 15% en Allemagne). Le montant total des investissements industriels français peut paraître très élevé par rapport aux investissements allemands. Trois raisons peuvent expliquer cela : Hinkley Point a été inclus dans les investissements français en 2016, pour 20 milliards de dollars ; les investissements français sont le fait de grands groupes dont les investissements sont plus faciles à repérer ; notre collecte de données ne se fait pas encore en allemand, ce qui limite notre capacité à détecter des projets de taille moyenne (ie, mentionnés par la presse allemande mais pas par la presse internationale). Données Trendeo Industries & Strategies.

L’une des difficultés de la question métropolitaine est donc que les échelles se superposent : une métropole mondiale peut être connectée plus fortement à des lieux de production distants qu’à une zone industrielle de proximité, et une métropole mondiale peut également accueillir et contrôle des activités locales, régionales et nationales.

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2017-06-07T09:29:58+00:004 juin 2017|Industrie mondiale, Industries & Stratégies, Trendeo|