L’impact d’internet sur l’économie française selon McKinsey : essentiel mais surévalué

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Le rapport McKinsey sur l’impact d’internet sur l’économie française est présenté de façon spectaculaire, avec l’annonce que la filière internet représente 25% des créations d’emploi en 1995-2010 en France.

Le rapport regorge d’indicateurs issus de sources différentes, de niveau macroéconomiques et microéconomiques. Tous tendent à renforcer l’idée que l’impact d’Internet est un facteur majeur de développement de nos économies. Les PME les plus utilisatrices d’Internet ont ainsi une croissance double des autres. Internet est désormais un outil stratégique indispensable à tous les secteurs d’activité – la galerie de portraits d’entrepreneurs incluse dans le rapport est spécialement illustrative à ce point de vue.

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La lecture du rapport public ne permet pas de rentrer dans le détail des méthodes de calcul mais explicite la méthodologie générale employée. Il en ressort cependant une interrogation sur le chiffre le plus spectaculaire mis en avant par la presse : Internet a créé 25% des emplois en France depuis 1995. Il semble notamment que, dans le calcul de la contribution d’Internet au PIB, les transactions en ligne ont été comptabilisées comme relevant intégralement de la filière Internet. Ainsi l’achat d’un billet SNCF en ligne ne relève plus majoritairement de la filière transport et partiellement de la filière Internet, mais se voit affecté intégralement à Internetles biens et services vendus sur Internet sont comptabilisés au titre de la valeur totale de l’e-commerce, puisqu’ils permettent de démontrer l’importance de la filière Internet comme relais de distribution, même si certaines transactions réalisées sur la Toile auraient pu avoir lieu indépendamment de l’existence d’Internet »).

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Certaines données ont donc été retenues pour leur valeur démonstrative mais mériteraient d’être plus finement décomposées. Pour le cas précis du e-commerce, ce chiffre, fragile, accroît de 50% le poids de la filière Internet calculé par McKinsey. Un autre chiffre spectaculaire avancé par le rapport est celui d’une rentabilité de 250% pour la publicité en ligne : il est probable que les premières entreprises à recourir à ces techniques de vente bénéficient d’une prime au premier entrant. Au fur et à mesure de la généralisation de ce canal commercial, on peut douter du maintien de taux de rendement aussi spectaculaires. Il y a donc une extension, peut-être un peu rapide, de conclusions microéconomiques indéniables à l’ensemble de l’économie.

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Cela justifie que l’on recoure à des approches complémentaires pour estimer la contribution de la filière Internet à l’économie française. C’est un exercice que Trendeo a déjà réalisé pour les filières « vertes », pour l’automobile ou pour l’aéronautique, grâce à l’Observatoire de l’investissement. Retenons la définition de McKinsey pour le cœur de la filière Internet : « l’ensemble des infrastructures, équipements et services liés, directement ou indirectement à des réseaux IP […] télécommunication via IP, les activités informatiques (matériel et logiciel) liées à Internet, […le…] e-commerce ou la publicité en ligne ». Les secteurs correspondants le mieux à cette définition sont : la fabrication de matériel informatique, électronique et optique, le développement de logiciels, les opérateurs télécoms, la production et la diffusion de programmes radio et tv, les portails internet, l’hébergement de données informatiques, la publicité et les études de marché. Cette définition comporte ses propres approximations : il faudrait ajouter à ces secteurs une partie de la logistique liée au e-commerce etc.

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En sens inverse, il conviendrait également de retirer une partie de l’activité du secteur du développement de logiciels, qui n’est pas intégralement dédié aux technologies Internet – que l’on songe aux logiciels de conception assistée par ordinateur par exemple.[blockquote align= »center »]Ainsi définie, la filière Internet a créé en France, en 2010, environ 8 600 emplois nets, soit 10% du total des emplois créés par les filières créatrices d’emploi en 2010.[/blockquote] Et, en 2009, la filière était destructrice d’emplois, du fait principalement des difficultés dans la fabrication de matériel informatique et électronique. Même en enlevant cette composante « industrielle », la filière Internet, en 2009, ne représente que 3% à 6% des emplois créés. Assez loin derrière le commerce de détail « bricks and mortar », les services à la personne, la restauration et l’hôtellerie.

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Une approche par filière, appliquée à d’autres secteurs pourrait d’ailleurs faire émerger dans les premières places des ensembles tels que l’agro-alimentaire au sens large. L’agrégation des emplois de l’agriculture, des industries agroalimentaires et de la restauration, ainsi que de la partie alimentation de la distribution en petites et grandes surfaces, placerait cette filière parmi les toutes premières pour les créations d’emploi en France. De la même façon, notre étude sur les investissements « verts » fait apparaître que la filière ainsi définie se place au premier rang des filières industrielles.

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Il y a donc, dans le rapport McKinsey, des points forts qui illustrent bien l’importance d’Internet, au cœur de l’activité économique. La notion de filière est utilisée de façon convaincante pour illustrer l’interdépendance des secteurs et le caractère global de la compétitivité d’une économie. Il reste cependant un effort d’affinage des définitions à fournir qui conduirait probablement, s’il était mené à son terme, à réduire sensiblement le chiffre de 25% des emplois créés dans l’économie française. Un chiffre de 10% à 15%, déjà considérable, est plus probable.

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