L’industrie du Futur, un facteur de relocalisation des activités industrielles

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Suite de notre série sur les écosystèmes industriels en milieu métropolitain.  Le billet précédent discutait des facteurs de localisation des investissements industriels. Ici nous avançons l’idée que l’industrie du futur va favoriser la (re)localisation d’activités industrielles dans les pays développés.

Certains éléments peuvent en effet laisser penser que les chaînes de valeur industrielles pourraient se concentrer plus qu’auparavant dans les pays développés.

La spécialisation des tâches conduit à des sites de production plus petits, avec des contraintes de flexibilité de la production, de délai de livraison rapides, plus faciles à localiser dans des pays développés.[Cf. Thierry Weil, L’industrie française est arrivée à un point bas, Eco 121, décembre-janvier 2016].

La speed factory d’Adidas, de la fabrication de chaussures en Allemagne et aux Etats-Unis

On peut citer, comme exemple, un investissement recensé dans notre base de données mondiale en 2016, la “speedfactory”. Ce site de fabrication de Adidas, implanté en Allemagne à Ansbach [Ville de 40 000 habitants à une quarantaine de kilomètres de Nuremberg. Atlanta est le cœur d’une aire urbaine de 5 millions d’habitants.] et dupliqué aux États-Unis, à Atlanta, produira des chaussures, sur un site très automatisé, au rythme initial de 50 000 paires/an, pour aboutir à 500 000 paires/an. Une grande part de la production sera automatisée et aura recours à l’internet des objets ou à la fabrication additive.

On est là à l’inverse du modèle Nike, où une R&D en pays développé s’appuie sur une fabrication dans des pays à bas coût.

Un deuxième investissement peut être évoqué. Le site Tesla/Panasonic à Reno (Nevada) est une nouveauté. Il est en effet devenu rare que des sites industriels de plusieurs milliers de salariés se créent dans des pays développés. C’est donc un cas intéressant à étudier en termes de critères de choix de localisation.

Site Tesla-Panasonic à Reno

Descriptif du projet Tesla-Panasonic, bilan des investissements industriels mondiaux 2016, Trendeo, mars 2017.

Tesla s’installe sur une zone industrielle créée en 1995 par un promoteur immobilier, dans le cadre d’un partenariat public-privé, le Tahoe-Reno Industrial Center. [Tahoe-Reno Industrial Center: A Public-Private Partnership on Steroids, Bryan Bonnenfant, Center for Regional Studies, University of Nevada, Reno, février 2009.] L’emprise au sol de la zone est de 43 000 hectares, ce qui en fait la première zone industrielle des États-Unis. La zone est équipée avec double embranchement fer et autoroutier, cinq centrales énergétiques locales. Les permis de construire sont pré-approuvés sur la zone, et un permis peut donc être obtenu en 30 jours.
La zone met en avant, [Sur le site Internet de la zone] comme premier critère, sa localisation “à l’écart des habitations”. Le site se trouve à 20 kilomètres de Reno, 220 000 habitants.

Un premier data-center vient d’ouvrir, sur une surface de 800 hectares.

Le site est à 400 kms du QG de Tesla, à Palo Alto.

Tahoe Reno Industrial Center

                                                                                       Le TRIC, vue d’avion.

Quand Tesla a annoncé qu’elle retenait ce site pour installer son usine, qui emploiera 10 000 salariés, le site de Reno-Tahoe employait déjà 5 000 salariés.

L’État du Nevada a ajouté un avantage fiscal au bénéfice de Tesla, sous forme d’exemption, à hauteur de 1,3 milliards de dollars.

Ce dernier exemple montre que la localisation des sites de fabrication est aussi le résultat d’un travail d’aménagement et de préparation.

L’exemple de Tesla peut donc aussi conduire à prendre en compte, dans la réflexion sur l’hyper-industrie, la spécificité des activités de fabrication. C’est un peu le sens d’une remarque de François Pellerin, [L’usine du futur sur le terrain : vers une usine numérique centrée sur l’humain, François Pellerin, École de Paris du Management, séminaire Ressources technologiques et innovation, 15 juin 2016.] qui préfère évoquer l’usine du futur plutôt que de l’industrie du futur (”Industrie est un terme très général : on ne sait pas précisément ce que l’industrie désigne ni où elle se trouve, alors que le mot usine évoque une communauté humaine implantée sur un territoire donnée, ce qui me paraît plus mobilisateur”).

Ces deux exemples montrent tout à la fois que l’industrie du futur peut être favorable au retour d’activités industrielles en pays à coût salarial élevé, mais à la condition de s’y être préparé.

Billet suivant : Réorganiser le continuum…