Premier semestre 2010 : simple rémission ou vrai début de reprise ?

//Premier semestre 2010 : simple rémission ou vrai début de reprise ?

L’Observatoire de l’investissement de Trendeo recense les annonces d’investissement et de désinvestissement sur tout le territoire national, dès lors qu’elles s’accompagnent de créations ou de suppressions d’emplois. En 2009, nous avons recensé environ 4 500 annonces, représentant 280 000 emplois supprimés et 170 000 emplois créés – nous travaillons à partir d’une veille sur plus de 4 000 sources d’informations françaises. La série de données ainsi obtenue n’est pas facilement comparable avec d’autres, telles que les données en emplois du Ministère des affaires sociales (nous ne recensons pas les recrutements ou licenciements qui ne sont pas liés à un investissement ou un désinvestissement ou les opérations de très petite taille – moins de 5 embauches ou licenciements). Les données que nous recueillons constituent cependant un indicateur avancé de la conjoncture, exploitable de façon très souple et obtenu en temps réel. Les dix points détaillés dans cette note nous semblent conduire à une conclusion de grande fragilité de la reprise observée début 2010.

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Au premier semestre 2010, le solde net des annonces de créations et de suppressions d’emplois est positif.

L’analyse des données de l’Observatoire de l’investissement pour le premier semestre 2010 fait apparaître une amélioration de l’investissement : 12 612 créations d’emplois nets résultent de la différence entre investissements et désinvestissements annoncés. Au premier semestre 2009, 75 433 emplois avaient été perdus. L’amélioration apparente est donc très sensible et l’économie française regagne des emplois après deux semestres négatifs (75 433 emplois nets perdus au 1er semestre 2009, 32 034 au deuxième semestre 2009).


Solde net semestriel des annonces d’investissement et de désinvestissement mesurées en emplois

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Ce solde résulte d’une baisse des suppressions d’emplois mais pas d’une reprise des créations.

Ce chiffre résulte de l’évolution comparée des créations d’emplois liées aux investissements et des suppressions d’emplois liées aux désinvestissements. Or l’amélioration du solde repose entièrement sur une forte baisse des suppressions d’emplois, pas sur une reprise des investissements et des créations d’emplois.

Créations d’emplois liées aux annonces d’investissement et suppressions d’emplois liées aux désinvestissements, par semestre

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L’industrie manufacturière continue de perdre des emplois.

13 969 emplois perdus résultent des annonces recensées au 1er semestre 2010, contre 48 112 au 1er semestre 2009. Cette amélioration provient d’un ralentissement des suppressions d’emplois dans le secteur automobile (qui perd encore plus de 4 000 emplois au premier semestre), d’un arrêt presque complet des suppressions dans les secteurs de l’électronique, de la plasturgie et des équipements électriques (qui ne perdent plus que 1 200 emplois contre plus de 13 000 en 2009).


Solde net semestriel des emplois créés et supprimés dans l’industrie manufacturière

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L’évolution mensuelle du solde net des annonces d’investissement et de désinvestissement montre une forte volatilité.

Le mois d’avril 2010 montre un solde négatif – dû en grande partie aux annonces de suppressions d’emplois faites par la SNCF (3 700 postes en 2010 et 8 000 postes en 2011-2012). Cela conforte l’impression d’une situation fragile où les retournements de tendances sont envisageables.


Solde net mensuel des annonces de création et suppression d’emplois liées aux investissements et désinvestissements, en nombre d’emplois (en bleu, moyenne lissée sur deux mois).

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La filière « développement durable » ne progresse pas

Nous regroupons sous l’appellation « développement durable » les projets dans les énergies renouvelables, le recyclage et la valorisation des déchets, l’écoconstruction et les biomatériaux. Cette filière dynamique a créé 9 583 emplois nets sur les 18 derniers mois, avec un faible nombre de désinvestissements (10 538 emplois créés depuis janvier 2009 pour 955 emplois supprimés).

Au premier semestre 2010, les créations nettes d’emplois s’affichent en retrait de presque 4% par rapport au premier semestre 2009.

Par rapport à deux autres filières très industrielles que sont l’automobile et l’aéronautique, la filière « développement durable » perd l’avance qui était la sienne en 2009.


Solde net mensuel, en nombre d’emplois, des annonces d’investissement et de désinvestissement dans trois filières industrielles : « développement durable », automobile et aéronautique.

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Les emplois dans le secteur éolien s’effondrent pendant que la filière solaire se maintient mais connaît quelques difficultés.

A peine dix emplois nets ont été recensés au premier semestre 2010 dans la filière éolienne, incluse dans notre série « développement durable ». En 2009, 1341 emplois avaient été recensés dans cette filière. Cette évolution conforte les déclarations récentes d’un responsable de GDF Suez qui a estimé que la filière était « quasiment à l’arrêt ».

Les emplois nets dans la filière solaire sont en baisse de 1% par rapport au premier semestre 2009 (1 334 contre 1 348). Sur les douze derniers mois, la filière solaire a créé 4 771 emplois nets, nettement plus, par exemple, que la filière aéronautique, qui a pourtant créé 2 389 emplois nets.

Surtout, comme des filières plus anciennes, la filière solaire commence à supprimer des emplois. Au premier semestre 2010, la filière a annoncé 1 625 créations d’emplois et 291 suppressions, soit 18% de suppressions, un rapport supérieur à celui observé dans la filière recyclage des déchets (14%) et très supérieur à celui de l’ensemble de l’année 2009 (1%).

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34 milliards d’euros ont été investis, dont un quart dans le secteur de l’électricité et du gaz.

Les montants investis ne sont pas toujours connus. Par extrapolation, en utilisant des coefficients moyens d’investissement par emploi créé, on arrive à un montant de 34 milliards d’euros investis au premier trimestre. 9,3 milliards ont été investis dans le secteur de la production d’électricité et de gaz, plus que dans l’industrie manufacturière (7,6 milliards).

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Les secteurs du commerce, des services à la personne et la restauration tiennent la tête pour les créations d’emplois.

Dans la nomenclature INSEE en 88 divisions, les trois secteurs ayant créé le plus d’emplois au premier semestre sont le commerce de détail (12 146 emplois), les services à la personne (6 228 emplois) et la restauration (4 441 emplois). Sur les dix premiers secteurs, seul le secteur de la production et distribution d’électricité et de gaz est un secteur industriel. Les neuf autres sont des secteurs de services. En tout, ces secteurs ont créé 27 143 emplois nets.

Les dix secteurs les plus créateurs d’emplois au premier semestre 2010 (solde des annonces de création et de suppression d’emplois)

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Le transport aérien et terrestre supprime plus d’emplois que l’automobile

Les trois secteurs qui suppriment le plus d’emplois au premier semestre sont les transports terrestres, l’automobile et le transport aérien, avec un solde net des annonces d’investissement et de désinvestissement de 18 189 emplois supprimés. Ce nombre inclut une annonce de la SNCF qui a annoncé qu’elle supprimera plus de 11 000 emplois sur les trois années à venir. Sans cette annonce, l’industrie pharmaceutique serait le troisième secteur le plus touché, avec ses 1 790 emplois supprimés.


Les dix secteurs ayant le plus supprimé d’emplois au premier semestre 2010 (solde des annonces de création et de suppression d’emplois)

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Il n’y a plus que 5 régions métropolitaines qui perdent des emplois

Le Centre, l’Alsace, l’Île-de-France et les deux régions normandes sont les seules où le solde des annonces de suppressions dépasse celui des créations au premier semestre. Les résultats de ces régions contrastent avec le trio de tête formé par le Nord-Pas-de-Calais, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et la Bretagne. Au sein même de la région Île-de-France, les résultats sont très contrastés, avec des zones d’emploi très dynamiques (Saint-Denis, Orsay) et des zones d’emploi où la situation reste très dégradée (Paris, Nanterre).

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Dans l’ensemble, le premier semestre 2010 ne permet pas de conclure à une reprise solide. Il y a certes de nombreux éléments positifs, au premier rang desquels le retour à un solde positif des créations nettes d’emplois. Ce solde est cependant peu important et ne compense pas les pertes de l’année 2009. Il faudrait pour cela que les secteurs manufacturiers sortent eux aussi de leur situation très dégradée.

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Les données contenues dans cet article sont la propriété de Trendeo et ne sont pas utilisables sans mention de la source. La reprise de ces données, avec mention de la source (Observatoire de l’investissement – trendeo) est autorisée à titre d’information. Toute utilisation commerciale sans accord préalable de Trendeo est interdite.

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2016-11-04T12:39:38+00:0027 juillet 2010|Non classé|