Un essai de compréhension du calendrier de la crise par David Cousquer, gérant de Trendeo

Dans l’analyse des annonces de suppressions d’emplois et d’investissement suivies par l’observatoire Trendeo France, j’étais surpris de ne pas lire d’impact plus direct — négatif — de l’épidémie en cours.

Je suis tombé sur un schéma extrêmement intéressant, retraçant les différents points d’impact du coronavirus sur l’ensemble du système économique (schéma repris de Mankiw et complété, pour le coronavirus, par Richard Baldwin — https://voxeu.org/article/how-should-we-think-about-containing-covid-19-economic-crisis).

L’analyse des différents impacts du virus montre bien que l’effet n’est pas immédiat. Même si les neuf impacts qu’il citent arrivent tous immédiatement, on voit que l’impact direct est plus fort en certains endroits, pour se faire ressentir ensuite plus violemment.

1. Dépenses des ménages vers les entreprises : Elles vont être réduites drastiquement, mais les différents secteurs ne vont pas être touchés à l’identique. Les secteurs contraints de fermer le dimanche 15 mars (théâtres, cinémas), sont impactés à 100% et immédiatement. Le confinement restreindra les achats au strict minimum : nourriture et peut-être quelques livraisons à domicile, services de santé, loyers, électricité, gaz… C’est l’impact le plus direct et le plus immédiat.

2. Investissements et financement de court terme : Pour les financements bancaires de court terme et la trésorerie courante, des mesures ont déjà été annoncées (BPI, Banque de France…). Pour l’investissement, nous relevons des annonces, encore aujourd’hui, 16 mars, qui étaient déjà programmées — y compris des ouvertures de restaurant. Mais les projets d’investissement moins aboutis vont être largement reportés et/ou annulés. C’est la qualité de la gestion de crise et l’effort pour la rendre plus brève qui jouera sur ce point (on lit que la Chine repart déjà). Plus le temps passera et plus les schémas d’investissement seront cependant revus de façon profonde en phase de reprise.

3. Impact sur les revenus des ménages (problèmes de liquidité) : Les difficultés financières des entreprises vont se répercuter sur les ménages via les décisions de licenciement ou les faillites — y compris les difficultés des entreprises individuelles. Plus les mesures de soutien des entreprises seront efficaces et plus les ménages seront épargnés. Plus la crise sera longue et plus, malgré les mesures de soutien, les décisions négatives seront importantes et inévitables.

4. Les difficultés financières des ménages (problèmes de solvabilité) : Là aussi des mesures spécifiques pourraient être prises pour permettre aux ménages dont les revenus auront été réduits, malgré les mesures de soutien aux entreprises, de faire face. On peut penser à une aide au paiement des loyers, voire à des aides en natures (alimentaires), même si la logistique des aides réelles est complexifiée. Le surendettement des ménages, géré par la Banque de France, pourrait faire l’objet de mesures.

5. Baisse des importations : Les ménages, et les entreprises, consommant moins, vont importer moins. A court terme cela a peu d’effet, voire un effet bénéfique pour notre balance commerciale. A moyen terme cela fragilise l’ensemble de l’économie mondiale et en amplifie l’impact chez nos partenaires commerciaux.

6. Baisse des exportations : Effet symétrique du point précédent, comme nombre de nos partenaires commerciaux sont touchés, les exportations vont baisser rapidement. La rapidité de la reprise dans les pays clients de la France conditionne le maintien de nos exportations. Plus ils tarderont, plus cela sera difficile. Nous pourrions aussi, à moyen terme, perdre des parts de marché si la reprise intervient chez nos concurrents plus vite que chez nous.

7. Les faillites bancaires : la solidité du système financier est un point clé. Le virus arrive à un moment où les banques centrales sont déjà engagées dans des politiques de soutien massives. La baisse des marchés va fragiliser le secteur, comme les faillites et difficultés des entreprises. Whatever it takes sera là encore la règle. Ce sont les décisions de la BCE, relayées par la Banque de France, qui seront cruciales sur ce point.

8. Le soutien aux entreprises : Des mesures d’aide par le secteur financier (via le soutien au crédit bancaire de la BPI) ont déjà été évoquées. S’ajoutent à cela les mesures telles que le report de paiement de la TVA et des cotisations sociales. Il y aura probablement ensuite des aides sectorielles notamment pour les secteurs pour lesquels l’impact du virus est le plus violent (restauration, spectacle vivant, tourisme, transports…) Toutes les mesures sont bonnes pour permettre aux entreprises de limiter leurs décisions négatives en attendant la fin de la crise sanitaire.

9. Les problèmes « réels » : Tout le circuit monétaire et financier dépend de transactions réelles, même dans les services. La durée de la crise conditionnera l’ampleur des problèmes d’approvisionnement et de manque de main d’œuvre — le secteur de la santé étant le premier concerné. Des problèmes d’approvisionnement ont été évoqués très vite dans l’industrie pharmaceutique, pour la disponibilité d’éléments importés, mais les goulets d’étranglement vont apparaître progressivement. Et les mesures sanitaires ou l’indisponibilité des personnels amplifieront les difficultés pratiques.

Les utilisateurs de notre observatoire de l’emploi et de l’investissement pourront suivre, au jour le jour, l’évolution des difficultés des entreprises qui seront communiquées, mais aussi les mesures affectant l’activité et l’emploi (principalement le bloc « entreprises » du schéma). A terme, notre base mondiale Industries & stratégies devrait permettre le même type d’analyses au niveau international (pour le moment, seul l’aspect investissement industriel à plus de 30 M$, et les créations d’emplois liées, est couvert).

Ce schéma a l’avantage de bien lier les différents points de fragilité du système économique. Il faut ajouter à la lecture statique de ces relations, un aspect dynamique : plus la crise durera et plus les relations à l’intérieur de ce système seront modifiées lors de la reprise. Ces changements se feront parfois de façon positive (si le télétravail s’avère efficace il peut être développé, avec moins de stress, d’encombrement des transports et de pollution comme résultante), d’autrefois de façon négative (faillites d’entreprises, pertes de part de marché, disparition de commerces de proximité). Tous les effets n’apparaissent pas non plus de façon simultanée, et, il y a deux jours, l’impact était encore minime. Les difficultés vont apparaître quand les paiements mensuels auront du mal à passer, chez les particuliers, quand les estimations de perte de chiffre d’affaires seront intégrées par les états-majors des entreprises, pondérées par les mesures publiques et les prévisions sur la durée de la crise.

Une remarque enfin : le soutien public massif qui est nécessaire et qui a l’air bien engagé, en France comme en Allemagne, se fera dans un contexte où l’épargne va probablement augmenter, au moins pour les entreprises et ménages qui seront les plus préservés. Le lien qui semble assez évident est le lancement d’un grand emprunt destiné au financement du plan de soutien et des mesures d’aide à la reprise.

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