Le 22 novembre 2018, le gouvernement a annoncé la liste de 124 « territoires d’industrie », qui pourront faire l’objet d’accompagnements spécifiques afin de renforcer leur spécificité industrielle. Comme nous disposons de données sur les créations d’emplois industriels, en France, depuis 2009, nous avons analysé la liste des 124 territoires en les positionnant parmi l’ensemble des territoires français.

L’approche retenue a consisté en premier lieu à consolider les données pour chacun des 124 territoires, pour mesurer la part de l’emploi industriel dans les créations d’emplois locales depuis 2009. Ensuite, nous avons replacé ces 124 territoires dans l’ensemble des territoires français (en retenant un découpage par zone d’emploi), pour voir si d’autres territoires fortement industriels n’avaient pas été oubliés de cette première sélection. Dans l’ensemble, la sélection paraît pertinente et plutôt complète, avec néanmoins une dimension de volontarisme pour certains territoires d’industrie retenus et quelques zones qui auraient mérité d’être retenues.

Caractéristiques des 124 territoires d’industrie

Comme l’indique le tableau suivant, les 124 territoires d’industrie ont globalement vu la création de 135 163 emplois industriels, de 2009 à 2018. Cela représente 57,6% des créations d’emploi industriels en France sur la même période, alors que globalement ces territoires n’ont reçu que 41,4% des créations d’emplois tous secteurs confondus. De fait, ces territoires ont bien une spécificité industrielle forte puisque, en moyenne, 31,8% des créations d’emplois de ces territoires étaient dues à des emplois industriels, alors que les zones n’appartenant pas aux 124 territoires d’industrie n’ont qu’un taux moyen de créations d’emplois industriels de 16,5%.

Dans l’ensemble, les 124 territoires d’industrie ont donc un profil très industriel, mais dans le détail des zones, les positions varient fortement. Certaines zones -qui ont généralement accueilli peu d’emplois – ont des taux d’emplois industriels très élevés, allant jusqu’à 93% pour les Vosges saônoises. D’autres ont à la fois un nombre d’emplois tous secteurs confondus important, et un taux d’emplois industriel élevé (Cambraisis, Nord, Saint-Nazaire…)

27 territoires en revanche ont des taux d’emplois industriels beaucoup plus faibles, inférieurs même à la moyenne d’emplois industriels des territoires hors des 124 territoires d’industrie.

Pour certains territoires, cette situation peut relever d’une forte présence de toutes petites entreprises (TPE), dont les emplois sont moins faciles à observer et donc peu présents dans les données Trendeo. On peut citer Baie-Mahault, Bastia, Saint-André (La Réunion) ou Gap-Tallard. Pour d’autres territoires, où le nombre d’emplois tous secteurs confondus est important, la faible proportion d’emplois industriels peut signaler des décisions volontaristes relevant de politiques d’aménagement du territoire (Argenteuil, Grand Orly, Versailles-Saclay, Évry…)

Note : la part moyenne des emplois industriels dans l’ensemble des créations d’emplois sur la période 2009-2018, de 22,8% peut sembler anormalement supérieure à la part de l’industrie dans le PIB français (12,5%). Cela peut relever de problèmes de mesure liés à la méthodologie de relevé des données par Trendeo (par exemple le fait que les emplois industriels sont plus faciles à repérer à travers la presse, car émanant d’entreprises plus importantes). Le lecteur doit surtout prendre en compte qu’il ne s’agit ici que de données portant sur les créations d’emplois, pas sur les créations nettes. Les destructions d’emplois industriels, sur la période 2009-2018, ont été bien plus fortes que les créations d’emplois (plus de 120 000 emplois nets perdus), ce qui correspond à une diminution de la part des emplois industriels dans le stock d’emplois de l’économie française.

Les 124 territoires d'industrie et les emplois industriels

Nombre et part des emplois industriels dans les créations d’emplois tous secteurs confondus, dans les 124 territoires d’industrie et dans le reste de la France, 2009-2018. Données Trendeo, observatoire de l’emploi et de l’investissement. En fond bleu, les territoires d’industrie où la part des emplois industriels est supérieure à la moyenne des emplois industriels dans l’ensemble des territoires d’industrie (31,8%), en gris les territoires d’industrie dont la part d’emplois industriels est inférieure à la moyenne des emplois industriels dans les territoires d’industrie (31,8%) mais supérieure à la moyenne du reste de la France (16,5%), en orange les territoires d’industrie dont la part des emplois industriels est inférieure à la moyenne des zones hors territoire d’industrie (16,5%).

Les 124 territoires d’industrie et les autres

L’analyse des 124 territoires d’industrie montre que ceux qui ont été sélectionnés, forment, bien, dans l’ensemble, un groupe de territoires au dynamisme industriel particulièrement marqué. Reste à voir si d’autres territoires, tout aussi dynamiques en termes d’emplois industriels, n’ont pas été oubliés dans cette liste. Pour cela, nous avons ajouté à la liste des 124 territoires industriels les 83 zones d’emplois (sur 322 zones d’emploi en France) pour lesquelles aucune commune n’a été incluse dans l’un des 124 territoires (reste le cas, mais qui demanderait un travail très fin, des communes incluses dans les zones d’emploi où figure au moins une commune appartenant à un territoire d’industrie, mais n’appartenant pas à un territoire d’industrie. Ces communes représentent 20% des emplois industriels créés en France de 2009 à 2018).

La liste des 50 premières zones, territoires d’industrie ou non, qui ont créé le plus d’emplois industriels en France de 2009 à 2018 (45% du total des emplois industriels créés), montre qu’il y 43 territoires d’industrie et 7 zones d’emploi dont aucune commune n’est territoire d’industrie. La première de ces zones, Besançon, est en 18ème position. Parmi ces zones d’emplois qui ne sont pas territoire d’industrie, il y a deux cas :

  • les zones d’emplois où la création d’emplois industrielle a été importante mais faible par rapport au total des emplois créés (cas de Lille, 34ème zone pour les créations d’emplois industriels, avec 1 385 emplois industriels, mais où ces emplois industriels ne représentent que 4,4% du total des emplois créés) ;
  • les zones d’emplois que l’on peut considérer comme oubliées, ou qui pourraient mériter inclusion comme territoire d’industrie dans une liste complémentaire. On peut citer le cas de Besançon donc, 18ème zone pour la création d’emplois industriels, avec 47% d’emplois industriels dans les créations d’emplois 2009-2018.

*

Des analyses complémentaires pourraient donc conduire à revoir l’inclusion de certains territoires dans la liste, qui paraît trop volontariste, ou, en sens inverse, à inclure certains territoires oubliés. Des analyses encore plus fines seraient nécessaires pour travailler éventuellement sur le découpage communal des 124 territoires (afin de repérer des communes « industrielles » limitrophes des 124 zones retenues).

Les territoires d’industrie forment bien, globalement, un ensemble de territoires particulièrement dynamiques en termes de création d’emplois industriels.